Quel avenir pour l'abeille noire ?

Une abeille presque parfaite ?

Malgré ses nombreuses qualités, l'abeille noire souffre d'un manque de sélection, ce qui constitue un frein à son utilisation par un certain nombre d'apiculteurs. Les races plus sélectionnées, essentiellement l'abeille buckfast en Belgique, rencontrent de ce fait un succès important, même s'il s'agit d'une abeille et donc d'une apiculture toute différente.

Beaucoup d'apiculteurs, par exemple, souhaitent une abeille très douce. Seule l'abeille noire sélectionnée peut être qualifiée de très douce. Les croisements récents ou anciens avec les races importées amènent en effet de l'agressivité et de la nervosité sur les cadres. Les croisements, ce n'est donc pas bon pour notre abeille noire ! C'est pourtant cette abeille croisée qui se trouve dans beaucoup de ruchers, d'où la mauvaise réputation faite, à tort, à la vraie abeille noire.

Dans ce contexte, on peut se demander si l’abeille noire a encore un avenir, malgré les nombreuses pressions qui s’exercent sur elle, et malheureusement dans certains cas, sur les apiculteurs eux-mêmes, comme en témoigne le message d'un de nos correspondants. Et encore bien, ici, il n'y a pas de menaces envers l'apiculteur !

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Le message du Frère Adam

Chacun connaît le Frère Adam, père de l'abeille buckfast et génial utilisateur de la biodiversité de l'abeille. En débutant avec de l'abeille noire croisée avec de l'italienne et ensuite avec des abeilles recueillies dans différentes parties du monde, cet apiculteur savant a produit une race d'abeilles qui rencontre un véritable succès auprès des apiculteurs.

En écoutant les "buckfasteurs", c'est-à-dire les apiculteurs qui élèvent l'abeille buckfast, on s'aperçoit qu'ils ne cessent de faire référence à leur maître, Frère Adam. Ils ne tarissent pas d'éloges à propos de ses écrits, de son enseignement, de la manière dont il a montré le chemin d'une apiculture de qualité, de l'apiculture de demain.

On s'étonne donc d'une lecture pour le moins incomplète du message du Frère Adam par les buckfasteurs, en tous cas dans le chef de certains d'entre eux. Des passages importants de ses écrits sont rarement cités, comme par exemple :

« Ce serait une perte irréparable si, malgré ses défauts, l’abeille indigène française venait à succomber dans le courant actuel de l’abâtardissement débridé… »

Frère ADAM, 1966

ou encore

« …le maintien des races constitue sans aucun doute la condition préliminaire à tout progrès ultérieur de l’élevage de l’abeille » « … Il est indispensable de créer des réserves où seront maintenues les races naturelles ».

Frère ADAM, les croisements et l’apiculture de demain

En visionnaire, le Frère Adam avait compris que la conservation de la biodiversité de l'abeille est une question capitale et qu'une solution doit être trouvée pour éviter sa disparition. Tous les apiculteurs y ont intérêt; il est souhaitable qu'ils en prennent conscience et contribuent efficacement au maintien des différentes races, notamment en respectant "religieusement" les zones de conservation déjà en place, mais aussi celles qui restent encore à créer.

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Aussi pour les professionnels

Les études économiques qui mettent en balance le choix de la race dans les performances des exploitations apicoles sont assez rares. Le Centre National de Développement Apicole (CNDA) en France nous offre une telle étude réalisée sur 47 exploitations issues de 11 régions de France.

L'étude compare la production des exploitations utilisant l'abeille noire avec les exploitations utilisant des abeilles hybrides (beaucoup utilisent la caucasienne croisée à une autre race). Contrairement à toute attente, les rendements en miel sont sensiblement identiques, quelle que soit la race. Tiens donc, la production de miel n'est pas un argument en faveur des abeilles hybrides dans le contexte d'exploitations professionnelles.

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Production comparée des abeilles noires et hybrides

Un autre aspect soulevé par cette étude et en faveur de l'abeille noire concerne le taux de renouvellement des reines. Celui-ci est inférieur dans les exploitations qui utilisent l'abeille noire, ce qui signifie moins de travail pour l'apiculteur. C'est d'ailleurs une caractéristique de cette race : sa rusticité et son développement en phase avec la nature permettent un suivi plus léger des colonies.

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Taux de renouvellement des reines

Le retour des vraies valeurs

La planète va mal. Le développement durable n'est encore qu'un rêve. Pourtant, partout, une prise de conscience se développe et met en avant les valeurs importantes pour l'homme, comme la qualité de vie, la qualité de l'alimentation ou de l'environnement, la conservation des espèces, le retour aux productions locales.

Cette redécouverte des valeurs "vertes" est une bonne chose. Dans le domaine de l'apiculture, elle amène de nombreux apiculteurs à se positionner clairement en faveur de l'abeille noire, la seule abeille indigène, issue du terroir, en Belgique et en France.

Depuis une dizaine d'années au moins, de nombreuses associations se sont créées pour défendre et promouvoir l'abeille noire. Certaines mettent même en oeuvre des plans de sélection inspirés des travaux du Frère Adam (sans pour autant vouloir faire une "buckfast noire" !)

L'abeille noire présente un véritable potentiel, aussi bien pour les apiculteurs professionnels qu'amateurs. De plus en plus d'apiculteurs le découvrent. Jamais, on a autant parlé d'abeille noire qu'aujourd'hui. Jamais, il n'y a eu autant de demande de reines ou de colonies d'abeilles noires. On peut être raisonnablement optimiste sur l'avenir de l'abeille noire qui saura tenir la comparaison avec les autres races et s'imposer dans un grand nombre de ruchers.

Pour en savoir plus sur l'importance de choisir l'abeille noire pour son activité apicole, lisez l'article "choix de race…choix de société".